Ce jour-là, soit quarante-huit heures après son retour au pays, Mobutu Sese Seko prit la décision que l’on attendait de lui : il nomma le général Mahele Lioko chef d’état-major général des forces armées zaïroises (FAZ), en remplacement du général Eluki qui avait été suspendu de ses fonctions un mois auparavant pour avoir critiqué le Premier ministre Kengo Wa Dondo. A la sortie de l’audience que Mobutu lui avait accordé ce jour-là, le Général Mahele fit savoir à l’opinion qu’il avait aussi reçu, à sa demande, les pleins pouvoirs sur la célèbre Division Spéciale Présidentielle (DSP) ainsi que sur la Garde Civile et la Gendarmerie. Confronté à une situation de guerre dans l’est du Zaïre (les villes d’Uvira, de Bukavu et de Goma étaient déjà “tombées” sous le contrôle de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila), le Président Mobutu n’avait d’autre choix que d’abandonner ainsi l’une de ses prérogatives : ces trois corps de l’armée étaient jusque-là placés sous son autorité directe et dirigés par des parents
Le Général Donatien Mahele Lieko Bokungu (surnommé “Tigre”) était un des meilleurs généraux zaïrois, un ancien de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Il a toujours été considéré comme l’un des officiers les plus intègres de la 2e République, “un vétéran de toutes les guerres de la région”, de Kolwezi (qu’il reprit aux côtés des Français en 1978) à la répression de la rébellion du Front patriotique rwandais de Paul Kagame en 1990 (où il fut envoyé en première ligne par le maréchal, alors allié de Habyarimana). Sa bravoure mais aussi sa dureté (sa répression des pillages et des mutineries de 1993 fut extrêmement violente) firent de lui un militaire craint et respecté, qui avait toujours proclamé sa fidélité absolue au président Mobutu, mais aussi son souci de respecter les institutions de l’état. Mais en mai 1997, n’ayant aucune autre solution pour stopper l’avancée des troupes de l’AFDL de Laurent Désiré Kabila et soucieux d’offrir au Zaïre un changement pacifique de régime, finit par trahir son serment d’officier : la nuit du 16 mai 1997, après le départ de Mobutu, il se rendit, au péril de sa vie, au Camp Tshatshi, fief de la DSP (la garde présidentielle de Mobutu), pour la persuader de déposer les armes et de ne pas opposer de résistance aux forces de l’AFDL de Laurent Désiré Kabila. Il voulait, disait-il, “épargner la capitale à un risque de bain de sang des innocents”. Il fut alors qualifié de traître et assassiné par les derniers fidèles du maréchal, quelques heures avant l’entrée à Kinshasa des troupes de Laurent Désiré Kabila.

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