Le 21 octobre 1993, assassinat du Président burundais Melchior Ndadaye.

C’était environ 100 jours après son investiture à la tête du Burundi en tant que premier Président démocratiquement élu. Il est à peine 2h du matin ce jour-là quand on entend des crépitements de balles aux alentours de la résidence du Président, située en plein centre-ville de Bujumbura. Des soldats courrent de partout, et un blindé léger se positionne vers le portail du palais présidentiel. Les putschistes (essentiellement composés des éléments du 1er bataillon blindé appuyés par des paras commandos) donnent l’assaut à la résidence du Président Ndadaye. Les échanges de coups de feu vont durer plus de 45 minutes. Des obus tirés par les putschistes finiront par détruire une partie du palais. Conseillé par l’un de ses aides de camp, le Président Ndadaye aurait revêtu un treillis militaire avant de s’engouffrer en sa compagnie dans un véhicule blindé, un subterfuge qui leur aura permis de passer entre les mailles du filet des putschistes. Son aide de camp aurait proposé au Président Ndadaye de le déposer dans le quartier Kamenge (majoritairement Hutu) où il aurait pu trouver des gens pour le cacher, mais Ndadaye aurait refusé, décidant de continuer à faire confiance à sa garde présidentielle. D’où le choix de se rendre au camp Muha, siège de la garde présidentielle de l’époque à Bujumbura. Sa femme et ses enfants trouveront refuge à l’ambassade de France.
Vers 8h du matin, apprenant que le Président se serait réfugié à l’intérieur du camp Muha, les putschistes décidèrent d’encercler la caserne et exigèrent qu’on leur remette le Président Ndadaye, sous menace de faire sauter les bâtiments. Et vers 9h du matin après d’âpres discussions, les responsables de la garde présidentielle auraient livré le Président aux parachutistes. Le Président Ndadaye sera assassiné aux environs de 10h. Son corps sera retrouvé quelques jours plus tard, enterré au cimetière de Ruziba au sud de la capitale. Il sera exhumé le 30 octobre, avant d’être transporté à la Brarudi, à Bujumbura. L’autopsie du corps, pratiquée près d’un mois plus tard, avait fait état de multiples coups portés par des instruments tranchants et piquants avec hémothorax et utilisation d’une corde placée dans la bouche du Président. Simultanément, la chasse est ouverte aux successeurs constitutionnels du Président Ndadaye, en l’occurrence le président et le vice-président de l’Assemblée nationale, Pontien Karibwami (un Hutu) et Gilles Bimazubute (un Tutsi) qui seront enlevés, puis torturés à mort. Subissent le même sort le ministre de l’Intérieur (Juvénal Ndayikeza) et Richard Ndikumwami (administrateur général de la Sûreté). Tous ont été tués pratiquement au même moment, à des endroits différents, selon le même mode opératoire utilisé à l’encontre du Président Ndadaye. Les événements du 21 octobre 1993 provoquèrent une onde de choc au Burundi et plongèrent le pays dans 10 ans de violence.

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